[BD] Le combat ordinaire de Manu Larcenet

La. Bonne. Grosse. Claque. J’étais partie pour passer une aprem tranquillou à bouquiner dans un salon de thé et j’ai eu envie d’emprunter quelques BD à la médiathèque au passage. J’avais bien envie de lire Le Combat ordinaire depuis que j’ai découvert cette BD dans le roman Shorba, l’appel de la révolte de Gaspard Flamant, roman que j’ai étudié pour mon mémoire que je soutiens tout bientôt. J’aimais déjà beaucoup Le Retour à la terre de Manu Larcenet (scénarisé par Jean-Yves Ferri) donc je me suis lancée un peu à l’aveugle pour Le combat ordinaire. Franchement, je n’étais pas prête… J’ai ri et pleuré, en plein milieu d’un salon de thé à Montréal, complètement désarmée par la force de cette BD, qui est à mon sens un pur chez d’œuvre, un joyau du neuvième art. De quoi ça parle ? Marco est photographe, il a longtemps gagné sa vie comme reporter de guerre, mais à bout, il décide de faire une pause. Seul dans sa maison de campagne, il essaye de lier les bouts de sa vie tortueuse et il tente de faire face comme il peut à ses crises d’angoisse qui le paralysent.

Je me suis rendue compte en cours de route que j’avais déjà entendu parler de cette BD par son adaptation ciné du même titre. J’étais tellement emballée par cette histoire que j’ai voulu me replonger dedans directement en regardant le film de suite après. Malgré la présence de Nicolas Duvauchelle au casting (un de mes acteurs chouchous) je l’ai regardé en accéléré, car la BD est mille fois plus forte. Il y a là de quoi rire et pleurer, le grandiose et le dérisoire comme dirait l’autre (l’autre c’est Alain Schaffner à propos d’Albert Cohen, séquelle de mes études de lettres). Le Combat ordinaire, c’est un tsunami tranquille, un ouragan de brise, un tremblement de terre dans un pot de fleurs. Ce n’est rien et c’est tout à la fois. Manu Larcenet nous offre ici un personnage qui fendrait le plus dur des cœurs de pierre. Marco est sujet depuis toujours à des crises d’angoisse, en psychanalyse depuis des lustres, il a du mal à s’ouvrir et il se sent complètement écrabouillé par un monde qui n’a pour lui plus aucun sens. Même si ce n’est pas joyeux, je me suis beaucoup retrouvée en lui, ses doutes, ses peurs, ses faiblesses. Il est tellement touchant et vulnérable…

Les traits de Manu Larcenet ont aussi un truc incroyable, le style graphique n’est pas forcément flamboyant, ce n’est pas le genre de BD sur laquelle on flashe rien qu’à la vue du style, et pourtant, quelle force. Les expressions, les visages, les mots, tout est parfait pour nous faire comprendre chaque émotion, triste ou joyeuse. J’ai beaucoup aimé le traitement fait de la santé mentale de Marco, ses relations avec son thérapeute, mais aussi le lien avec ses proches. Le titre est fabuleusement bien trouvé « le combat ordinaire » décrit à merveille ce que peuvent représenter la dépression et l’angoisse au quotidien. Mais c’est aussi une référence à toutes ces vies que la grande Histoire oublie, mais qui sont tout autant de combats. Dans l’histoire intime de Marco et de sa famille se tissent aussi de petits bouts de la vie moderne, la perte de repère, la morosité ambiante, la politique, le besoin de chercher de l’espoir dans une société qui ne vend que des apparences. Chaque sujet, chaque doute abordé, chaque détail : tout m’a parlé intimement dans cette BD. Je vais utiliser une de mes expression fétiche de blogueuse qui n’a jamais été aussi juste que pour cette œuvre : c’est terriblement humain. C’est faible, c’est fort, c’est pathétique, c’est renversant, c’est magnifique, c’est dérisoire, c’est exceptionnel et pourtant si commun. Je trouve mes mots maladroits, mais cette BD ne l’est pas, elle est tout simplement trop tout pour être décrite proprement.

J’ai envie d’écrire des milliers de mots pour cette BD et en même temps j’ai envie de protéger ce qu’elle m’a procuré. J’ai beau avoir été complètement chamboulée et brisée par cette lecture, j’ai aussi eu l’impression de fermer l’ouvrage en étant un peu réparée. Le Combat ordinaire, c’est comme briser une vitre, refondre le verre et en faire quelque chose de nouveau, tenter de faire une seule pièce avec du cassé, et tant pis si ça ne tient que pour être brisé et réparé encore et encore.

Bref, je suis là, avec mon petit cœur entre les mains comme un petit oiseau qu’on soigne parce qu’il s’est brisé une aile, et ce que j’essaie de vous dire c’est : lisez cette BD.

Qui a déjà lu Le Combat ordinaire ? Maintenant, j’ai très envie de relire Le retour à la terre et d’enfin découvrir Blast dont j’ai entendu tant d’éloge.

Bon dimanche à toutes et à tous !

5 réflexions sur “[BD] Le combat ordinaire de Manu Larcenet

  1. Pingback: C’est le premier, je fais le bilan ! Septembre 2019 | La tête en claire

  2. Pingback: C’est le 1er, je balance tout ! # 33 – Septembre 2019 | L'ourse bibliophile

  3. Il y a chez le sieur larcenet une grâce fragile des clowns tristes : le retour à la terre , bill baroud sont de vraies moments de plaisir drôle et réjouissant
    Blast et le rapport brodeck brûlent les tripes comme un café amer et noir !!
    Docteur Manu et mister larcenet

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