Sans domicile fixe de Susin Nielsen

L’avantage de travailler en édition jeunesse, c’est que je sais que mes centres d’intérêt littéraires sont à peu près les mêmes que ceux de mes collègues. D’où l’avantage de commencer un trafic d’armes euh, pardon, de livres, au travail. Une collègue a ramené un livre pour une autre collègue et au final c’est moi qui le lis en attendant que la seconde le récupère ! Sans domicile fixe est publié par La Courte échelle qui est un éditeur jeunesse québécois. Comme mon rythme de lecture n’est pas à son plus haut en ce moment, je n’ai pas encore découvert des masses la littérature locale, mais j’observe ! Il y a pas mal d’éditeurs bien sympas par ici et La Courte échelle revient souvent dans les conversations autour de la littérature jeunesse, donc je suis bien contente d’essayer ce titre ! D’ailleurs pour ceux qui sont intéressés, ce titre est publié en France par Hélium sous le titre Partis sans laisser d’adresse (et je préfère largement la couverture canadienne). L’histoire ? Félix vit seul avec sa mère Astrid. Ils se débrouillent tous les deux depuis des années, mais récemment leur situation a empiré et ils se retrouvent à vivre dans un Westefalia (un genre de van).

Félix, le héros, est tellement attachant ! Il nous raconte son histoire avec tellement de franchise, on découvre sa vie de SDF « mais c’est provisoire » au fil des pages. Et surtout on découvre sa version des faits, à hauteur d’enfant de douze ans. Félix continue d’aller à l’école et, comme il l’a promis à sa mère, il sauve les apparences et fait tout pour que ceux qui l’entourent pensent que tout va bien pour lui. On découvre le parcours qui les ont menés, lui et sa mère, à la porte de leur logement. Le discours sur la réalité des SDF est vraiment pertinent est bien amené je trouve. Certes il y a un côté fictionnel qui rend les choses plus « présentables », comme par exemple l’excentricité de la mère de Félix, mais les faits sont toujours là. Il ne faut pas grand-chose pour basculer du mauvais côté du mur. 

Ce que j’ai aimé dans ce récit c’est la description des émotions de Félix. Elles sont fidèles à celle d’un jeune de douze ans. Il a sa petite vie avec son meilleur ami, il a parfois des accès de colère ou de lassitude, mais il est souvent de bonne humeur et il fait sa vie de jeune ado. Ce qui est aussi très bon dans ce roman, c’est la représentation de la diversité. Ce n’est pas le sujet du roman, du tout, mais une petite phrase à droite à gauche présente un père bi, un couple gay, une famille monoparentale, etc. Il n’y a pas d’emphases ou de gros drapeau « regardez on a rempli le quota ! », c’est comme ça, c’est là, c’est normal et c’est tout.

Le portrait de la famille dysfonctionnelle formée par Astrid et Félix est vraiment touchant. Elle n’est pas la mère idéale, elle est dépressive, pas toujours aussi attentionnée qu’elle le devrait, elle a (beaucoup) de défauts, mais elle est aimante. Et pour une fois, un roman présente une relation mère/fils foireuse, mais qui fonctionne, car non il n’y a pas que des familles parfaites ou terriblement abominable. Il y a aussi plein d’entre-deux et c’est cette réalité que le roman dépeint, toutes ces possibilités et toutes les failles qu’il peut y avoir entre enfants et parents.

En bref, c’est un petit récit plutôt frais qui se lit tout seul, mais qui est aussi ultra riche entre les lignes. Ce n’est ni un roman qui force l’optimisme ou qui tend vers le dramatique, c’est un récit qui montre sans juger, qui propose avec une intelligence incroyable le portrait d’un problème de société au travers des yeux de Félix. C’est vraiment un roman fabuleux pour de jeunes lecteurs comme pour les plus vieux. À la fois malicieux, drôle, rafraîchissant, mais aussi réaliste. Il m’a d’ailleurs beaucoup fait penser à Janis est Folle d’Olivier Ka. Il y a pas mal de similarité entre les deux, mais le second est plus mature et aussi plus sombre. Je vous recommande les deux !

J’espère vous avoir donné envie de découvrir ce roman ❤ Et si jamais le nom de l’autrice vous dis quelque chose, c’est normal, Susin Nielsen a aussi écrit Les Optimistes meurent en premier qui a fait un beau bruit en librairie.

Je vous souhaite de belles lectures et je vous dis à très vite !

3 réflexions sur “Sans domicile fixe de Susin Nielsen

  1. Bien envie de découvrir ce titre ! Je retrouve un écho des autres livres de Susin Nielsen que j’ai pu lire dans ce que tu en dis, donc je suis sûre qu’il me plaira. Je n’ai pas encore eu l’occasion de lire Les optimistes meurent en premier, mais je te recommande Le journal malgré lui de Henry K. Larsen si tu ne le connais pas déjà.

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  2. Pingback: C’est le premier, je fais le bilan ! Mai 2019 | La tête en claire

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