Je reviens de mourir d’Antoine Dole

Je voulais lire Je reviens de mourir d’Antoine Dole depuis un bon bout de temps, mais comme il épuisé, le seul moyen de le lire c’était de trouver un exemplaire d’occasion. En furetant sur le site de la grande bibliothèque de Montréal, j’ai trouvé ce livre en réserve ! J’ai donc finalement eu l’occasion de le lire. Je savais qu’il était très sombre donc j’ai attendu d’être dans un mood posé pour le lire, histoire de ne pas finir  en dépression. En effet : âmes sensibles, s’abstenir… Ce n’est franchement pas un roman à l’eau de rose ! On y découvre deux jeunes femmes un peu perdues, avec une estime de soi en berne, et que la vie ne va pas franchement épargner.

D’un côté, Marion débarque à Paris et tombe follement amoureuse de Nicolas. De l’autre, Ève est complètement blasée et enchaîne les coups d’un soir pour mieux rejeter tous les garçons qu’elle laisse entrer dans son lit. Marion a l’histoire la « plus » sombre si je puis dire. Émotionnellement fragile, elle plonge les yeux fermés dans une relation toxique. Nicolas est l’image même du connard violent et dangereux, celui qui trouve son plaisir dans la destruction. Je dois avouer que tous les passages de Marion sont franchement durs. Comme j’étais préparée, ça n’a pas été trop intolérable, mais il faut quand même être prévenu avant de se lancer. Il est question de viol, de prostitution, de violence physique et morale. Bref, on n’est vraiment pas au pays des bisounours.

En comparaison le récit d’Ève paraît presque réconfortant, avec une note d’espoir qu’il n’y a pas dans l’autre récit. Et pourtant on n’a toujours pas à Guimauve Land. L’image qu’Ève a d’elle-même est horrible. Conditionnée par ce que la société renvoie comme image idéale à atteindre pour les femmes, elle essaye de sortir du carcan des relations traditionnelles. Pourtant elle est sans cesse en train de se juger, probablement en rapport à un idéal irréaliste. Elle teste et se cherche, essayant de provoquer chez les autres le dégoût qu’elle a d’elle même, tout en rêvant d’un peu d’attention.

Antoine Dole dresse ici deux portraits au vitriol. Il y a une noirceur qui est certes terrible, mais la littérature est parfois aussi là pour ça des fois. Mettre le doigt là où ça fait mal et nous faire réaliser que non, le monde n’est pas tout rose et que l’espoir n’est pas toujours au rendez-vous. En général, j’aime mieux lire pour m’évader de la réalité, oublier un peu le quotidien et ses horreurs, c’est d’ailleurs pour ça que je lis très peu de roman noir. Mais bon, des fois ça fait aussi du bien de lire un roman dont on sait qu’il va nous retourner l’estomac et nous forcer à regarder ce qui n’est pas très reluisant. Car aussi sombre et dur que soit ce roman, je n’ai aucun doute sur le fait qu’il dépeigne la réalité de certaines femmes.

J’aime quand la littérature jeunesse porte ses couilles/ses ovaires. On essaye souvent de passer sous le tapis la terrible part d’ombre de l’adolescence et par extension des jeunes adultes. Bien sûr, pour de nombreux adolescents cette ombre se résume à une poignée de questions existentielles et des jours sans. Mais parfois, cette part d’ombre est bien plus profonde et le mal-être devient ingérable. Je trouve ça vraiment bien qu’il y ait des textes aussi sombre et audacieux, pour nous rappeler que non, les jeunes ne sont pas que des anges, et aussi pour retourner le cerveau, faire réfléchir, pourquoi pas ouvrir un dialogue aussi ! J’ai aimé qu’il n’y ait pas de solutions faciles. On rêve toujours qu’une femme mal traitée va finir par réaliser à quel point son amant est un con et se barrer. Malheureusement, dans ce genre de situation rien n’est aussi simple et à défaut de vraiment comprendre Marion, on voit comment ça se passe dans sa tête et pourquoi elle revient toujours vers Nicolas malgré les crasses et les coups.

En bref, c’est un roman uppercut, servit par une plume incisive et percutante. Pas le type de bouquin qu’on lit tous les quatre matins. Mais même si c’est dur, c’est le genre d’histoire qui remue et qui sort le lecteur de sa zone de confort, qui nous met le nez dans ce que le genre humain a de plus moche. Ce n’est pas un roman qu’on recommande allègrement, mais il remue et marque.

Qui l’a déjà lu ? On peut en discuter en commentaire, c’est un roman qui a plus de dix ans donc je suis curieuse de savoir si vous en avez un souvenir encore fort et marquant !

Bon dimanche à toutes et tous !

7 réflexions sur “Je reviens de mourir d’Antoine Dole

  1. Pingback: C’est le premier, je fais le bilan ! Mai 2019 | La tête en claire

  2. Je connaissais pas du tout mais tu m’as grave hypée pour le lire !
    Je suis d’accord avec toi sur le fait que c’est bien aussi de voir des histoires – même en jeunesse – qui explorent les côtés plus sombres de la vie sans les mâcher.

    Hâte de le lire en tout cas !

    Aimé par 1 personne

  3. Je ne connaissais pas ce roman. D’Antoine Dole, j’ai lu « Ce qui ne nous tue pas » et « Ueno Park’ – que j’avais trouvé bien écrit, mais qui ne m’avait pas du tout touchée…

    A l’inverse de toi, j’aime beaucoup les romans noirs, pour la réflexion que – souvent – cela pose, mais aussi parce que d’une certaine manière, et un peu égoïstement sans doute, le monde est bien pire que ce que je vis tous les jours et qui parfois me blesse… Cela fait relativiser.

    Aimé par 1 personne

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