Rencontre avec les éditions Gallmeister

La patte de loup, emblème de la maison.

Il fut un temps où je vous présentais des petites maisons d’éditions que je rencontrais au hasard de mes études (Thierry Magnier, La Poule qui pond, éditions Margot, L’Atelier du poisson soluble). Depuis, des éditeurs j’en ai rencontré des brochettes mais toujours dans des cours très techniques et dont je ne pouvais pas forcément retranscrire le contenu sur le blog. Je pense notamment à Monsieur Toussaint Louverture, dont j’aurais bien aimé vous parler mais la conférence a duré près de 3 heures, on a beaucoup parlé chiffre donc je ne pouvais pas trop mettre tout ça sur le blog. Toujours est-il qu’hier à l’occasion de la fête de la librairie indépendante, une rencontre avec Marie Moscoso (chargée de relation librairie chez Gallmeister) était organisée à la librairie La Forge (super chouette librairie à Marc-en-Barœul, près de Lille). Vu que j’aime beaucoup cette maison d’édition, je ne pouvais qu’y aller (d’ailleurs je remercie mon cousin Aurélien sans qui je n’aurais jamais entendu parler de cette rencontre!). Comme je suis gentille j’ai décidé de vous faire un petit compte rendu de cette rencontre, c’est parti mon kiki!

La maison est spécialiste en littérature américaine.

Pour replacer un peu le contexte, les éditions Gallmeister ont été fondées en 2005 (premier titre paru en 2006) par Oliver Gallmeister. L’idée était de publier des romans américains, d’auteurs américains pour des lecteurs français. En effet, passionné de cette littérature américaine et la découvrant en anglais, Mr Gallmeister était bien embêté de ne pas pouvoir entamer de discussion endiablée avec ses amis qui ne connaissaient pas tous ces merveilleux romans. Au départ Oliver Gallmeister était contrôleur de gestion, comme il s’ennuyait ferme il a eu le temps de faire mûrir son projet et pour pouvoir enfin faire découvrir à tous ces livres qu’il aimait tant, il a décidé de fonder sa propre maison d’édition. Au fil des années l’équipe s’est agrandie mais celui qui est arrivé le plus tôt dans l’histoire, c’est le second éditeur, Philippe Beyvin qui est en charge de la collection Americana tandis qu’Oliver Gallmeister dirige les autres collections: Nature Writting, Noire & Néo Noire. Du côté édito toujours, c’est Benjamin Guérif qui s’occupe de la collection Totem depuis maintenant 2 ans. Et si vous voulez découvrir le reste de l’équipe, tout le monde est présenté sur leur page dédiée (ils sont maintenant 11).

Pour revenir un peu sur les collections, il y a leur iconique collection de poche Totem. On reconnait ces livres à leur couvertures emblématiques et colorées (dont je suis personnellement très très fan!). Cette collection poche leur sert à pérenniser leur fond, et surtout à ne pas avoir à vendre leur droits à des éditeurs spécialistes du format (comme Folio, Pocket ou encore Points). Ils y rééditent autant leurs titres de littérature noire que blanche. Ensuite viennent les grand format avec la collection Nature Writing, la plus emblématique de la maison, qui contient des ouvrages de littérature des grands espaces. La collection Americana est plus portée sur les romans de la contre-culture américaine. Enfin, les collections Noir et Néo-noir sont centrées sur la littérature noire classique et celle de la nouvelle génération (pour Néo-noir). Il faut savoir que la littérature noire n’est pas vraiment faite de romans policiers, ce sont plutôt des polars, des romans Pulp, des enquêtes, souvent portées par un enquêteur qui n’en est pas un ou qui du moins ne fait pas partie du circuit classique de la police. Les auteurs de néo-noir affectionnent d’ailleurs particulièrement les anti-héros et le style noir est généralement très contestataire ou du moins dénonciateur de certains abus de la société.

Au cours de cette rencontre, j’en ai appris un peu plus sur le nature-writting. Il faut savoir que c’est une notion très débattue aux USA et tout le monde n’est pas forcément d’accord sur la définition du terme. Mais pour rester dans les grandes lignes, c’est normalement une écriture inspirée de la vie dans la nature, de la non-fiction et qui traite du rapport entre l’homme et la nature. Oliver Gallmeister a un peu arrangé le terme à sa sauce car la maison publie avant tout de la fiction. Comme le dit Marie Moscoso, ce qu’aime cet éditeur « c’est avant tout qu’on lui raconte des histoires ». Depuis quelques années, la maison essaye aussi de publier ou republier des textes à l’origine du nature-writting qui ont un lien fort entre l’histoire du pays et de sa littérature, bref, l’idée c’est de repartir aux sources, pour offrir aux lecteurs un panorama de cette littérature d’hier à aujourd’hui.

Quelques exemples de livres publiés dans la collection Totem, avec les nouveaux codes graphiques.

Et un exemple avec l’ancienne charte graphique.

Depuis maintenant un peu plus d’un an, la maison est en train de repenser sa charte graphique et après la refonte de la collection Totem, ils sont en train de revoir leurs couvertures pour les grands formats. Je vous mets des images au dessus et en dessous pour que ce soit plus clair à comprendre. Pour les Totem, ils sont passé d’un style très épuré à un format de couvertures illustrées, de manière à commencer à raconter quelque chose dès la couverture. Le résultat est au rendez-vous, le message qui passe est très différent et surtout la collection est identifiable de loin! Pour les grands formats, la refonte est en cour et le premier exemple en est My Absolute Darling de Gabriel Tallent. La différence visuelle est assez flagrante, mais il faut savoir que la couverture est sur une jaquette (très rigide, moins fragile que les jaquette traditionnelles) et en dessous les codes de la maison sont repris comme sur les anciennes couvertures, l’aplat de couleur en moins. La première tentative est très concluante et les quatre prochains romans à paraître sous la nouvelle charte sortiront en août et septembre.

Grand format, ancienne charte.

Grand format, nouvelle charte.

Le tout premier best-seller de la maison fut Sukwann Island de David Vann. L’auteur fait maintenant partie des noms phares de la maison aux côtés de Craig Johnson, Pete Fromm ou encore Trevanian. Mais il faut savoir que les auteurs publiés chez Gallmeister n’ont pas tous un grand succès aux USA. Étonnant certes, mais c’est une réalité, si on rapporte les ventes de livres aux USA au nombre d’habitants, les Français sont bien plus grands lecteurs! Donc de nombreux auteurs restent des inconnus dans leur propre pays. Pour l’anecdote, selon Marie Moscoso, certains libraires américains ne connaissent pas Jim Harrison qui est pourtant considéré comme l’un des plus grands (si ce n’est LE plus grand) auteur de nature-writing du pays. Autre remarque : en France un livre devient un best seller à partir de 35 000 exemplaire vendus, et au USA dès 25 000 exemplaire. Comme quoi les auteurs ne se vendent pas forcément mieux et plus aux USA. Certes le métier est très précaire là-bas comme en France mais s’il est dur de gagner sa vie, la scène littéraire française a le mérite d’être très large. C’est pourquoi la grande majorité des auteurs publiés par Gallmeister marchent mieux… en France! Certains auteurs de la maison sont même super étonnés quand ils viennent faire des dédicaces dans des salons littéraires français alors que leur livre s’est parfois vendu à seulement 500 exemplaire aux États-Unis!

La maison Gallmeister prend soin de ses auteurs et pratique ce qu’on appelle dans le jargon une politique d’auteur. Le principe? On découvre un auteur inconnu dont on pense qu’il a un très fort potentiel et on travaille dur pour le faire connaître, en espérant qu’un jour il rencontre le succès qu’il mérite. La maison cherche aussi à garder ses auteurs, l’idée n’est pas de simplement publier un livre mais d’offrir à l’auteur et au lecteur un repère et une maison fidèle qui publie toute l’oeuvre de l’auteur. Le travail éditorial passe aussi par la traduction puisque tous les romans de chez Gallmeister sont traduits depuis l’américain et l’équipe porte un soin tout particulier à cet aspect. En effet, en plus du traducteur il y a plusieurs personnes qui revérifient la traduction pour faire en sorte qu’elle soit la plus fidèle possible à l’oeuvre d’origine. D’ailleurs depuis quelques temps, il arrive aux éditeurs de la maison de ne pas simplement racheter des droits et traduire des romans, mais de travailler directement avec les auteurs américains et de publier leur romans en France alors qu’ils n’ont jamais été publié aux États-Unis!

Voilà un peu ce que j’ai pu retenir de cette rencontre qui était vraiment passionnante. Je remercie la librairie La Forge et Marie Moscoso pour cette rencontre! Maintenant je n’ai qu’une envie c’est de découvrir autant de romans de chez Gallmeister que possible! J’ai d’ailleurs craqué pour trois titres de la maison hier en partant, oups…

En tout cas j’espère que cet article vous a plu et qu’il vous a permis d’en découvrir un peu plus sur cette très chouette maison d’édition!

Et vous, vous avez des maisons d’édition chouchoute? Vous connaissiez Gallmeister?

À fort bientôt!

P.S. : Si vous souhaitez des recommandations sur la littérature des grands espaces, j’ai écrit un article il y a un bout de temps avec plein de conseils ciné/lecture/musique sur le thème des grands espaces et il est par ici.

39 réflexions sur “Rencontre avec les éditions Gallmeister

  1. Pingback: Sauvage de Jamey Bradbury | La tête en claire

  2. Instructive restitution de cette rencontre, à laquelle je n’ai malheureusement pu assister. Mais j’ai déjà eu l’occasion d’entendre et de discuter avec Marie Morosco et elle est passionnante.

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  6. Super article merci beaucoup pour toutes ces infos ! J’ai découvert ces jolis bouquins en librairie, j’ai faillit en acheter 15 d’un coup …. mais je ne savais pas tout ça à propos de cette maison d’édition ! C’est vraiment un super concept et ça a l’air bien géré alors j’adhère totalement ! je ne manquerait pas d’en acheter !!

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  7. Une de mes maisons chouchou depuis que mon collègue, un grand fan, me l’a faite découvrir… A l’occasion de la parution du centième totem, on a mis en avant la collection à la librairie et à chaque fois que je passe devant la table dédiée, j’ai envie de tout rafler… 😀

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  8. J’adore les éditions Gallmeister (découvertes avec le lancement de Craig Johnson en français), elle fait partie de celles qui me séduisent le plus avec Zulma et Bruno Doucey. J’aime beaucoup de maisons d’éditions, mais celles-ci ont un petit truc en plus dans mon coeur. 🙂

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  9. comme je suis aussi ch…:) que tu es gentille, je voudrais rectifier l’orthographe d’un nom propre en début de ton article : j’ai vérifié, on écrit bien Louverture en un seul mot, même si au départ c’était sans doute un sobriquet comme tu l’écris. j’ai survolé quelques paragraphes de ton article mais celui sur la politique d’auteur m’a beaucoup intéressée. sur le travail de traduction aussi. intéressante mise au point sur les « succès » américains. et comme je suis toujours ch… 😀 à la fin de mon commentaire, j’ai trouvé ceci : « Les noms de nationalité ou noms d’habitants d’un même lieu ( Parisiens) sont considérés comme des noms propres: les Français; lorsque le terme est employé comme adjectif, il prend une minuscule. » (paragraphe 6 ligne 5) 😉

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